L'attention ce bien si important
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L’attention, ce bien si important

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Il y a une ou deux semaines, j’ai installé un jeu sur mon téléphone portable. Je ne dirais pas le nom du jeu mais c’est incroyable le temps que je pouvais y passer. Je me disais « je m’arrête dans 15 min », et quand je levais la tête, il s’était écoulé quelques heures. Comment un si petit objet pouvait-il absorber autant mon temps et mon attention ?

Ca m’était déjà arrivé quand je jouais à Pokemon Go (oui, parce que je fais partie des gens qui ont joué assez longtemps à Pokemon Go hm hm). Mon cerveau était capable de reconnaître tous les désagréments à y jouer : le fait de ne pas être attentive à son environnement, un énervement latent suite à une sur-sollicitation de mon attention, et le fait de ne pas avoir vraiment fait de « pause ». Et pourtant, j’ai pris beaucoup de temps à désinstaller ce jeu

Donc aujourd’hui, j’ai eu envie de réfléchir à l’attention, un bien si précieux.

Smartphone

Un premier constat 

Notre attention est de plus en plus sollicitée – et particulièrement par le téléphone portable. C’est un fait indéniable. Dans le livre Hooked de Nir Eyal, l’auteur rappelle les chiffres suivants : 79% des personnes possédant un smartphones vérifient leur appareils dans les 15 minutes après leur réveil. En 2011, une étude universitaire évaluait à 34 le nombre de fois où on vérifiait notre portable par jour, Les industriels pensent que le nombre se rapprocheraient plutôt des 150 fois.

Pourquoi aime-t-on autant notre portable ?

  • Le sentiment d’appartenance à une communauté : le téléphone est ce qui nous relie au monde. On a l’impression d’appartenir à une communauté, d’où l’importance du portable.
  • Le FOMO : nous avons peur d’avoir raté quelque chose, que ce soit une invitation, un appel, un message… 
  • L’envie de ne pas se sentir désœuvré : on nous a souvent appris depuis qu’on est petit que ne rien faire n’était pas bien. Le portable évite de montrer qu’on est en train d’attendre ou qu’on n’a rien à faire, et il est plus facile de fixer notre portable que de sentir le regard de l’autre.

L’économie de l’attention 

C’est quoi, l’économie de l’attention ?

L’économie de l’attention est un mot de plus en plus à la mode (mais cet avis est biaisé car c’est aussi un sujet qui m’intéresse). 

Elle se base sur le fait qu’avec l’abondance de l’information, le bien le plus rare, celui sur lequel les entreprises vont se battre, est désormais l’attention. Vous vous souvenez de la phrase de TF1 en 2004 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » ? C’était il y a 15 ans. De façon ingénue, TF1 expliquait qu’il vendait à Coca-Cola l’attention de son audience. Finalement, l’attention est non seulement une ressource mais également une monnaie que l’utilisateur échange pour utiliser un service.

Des sites ou applications conçues pour attirer notre attention…

Attirer notre attention étant vital pour une entreprise, les sites ou applications sont conçues ainsi. L’article de Nielson Norman Group, liste les différents tendances observées:

  • Des animations de plus en plus tape à l’œil 
  • De pages complètement remplies d’images et de titres accrocheurs dans l’espoir que l’un d’eux attire l’attention
  • Des publicités qu’il n’est pas possible de fermer avant quelques secondes ou qu’il faut parfois visionner en totalité pour utiliser le service ou le produit
  • L’envoi de notifications inutiles et fréquentes
  • Des pages qu’on peut dérouler à l’infini 

Le même article n’anticipe pas de changement immédiat. Les principaux sites de media sociaux (Facebook, Instagram ou Snapshat) sont tous en train de tester des publicité de réalité augmentée.  La lecture automatique de vidéos ou l’obligation de voir les publicité, bien que peu populaires, seront encore d’actualité.  

… mais également pour créer des habitudes

Il ne suffit pas d’attirer notre attention, il faut pouvoir la garder. Nir Eyal dans Hooked évoque les avantages d’une entreprise qui crée des habitudes chez l’utilisateur : une plus grande résistance à la concurrence, une plus grande flexibilité sur les prix et une croissance plus grande.

Au final, l’utilisateur ne réfléchit plus consciemment au fait qu’il utilise l’application ou le site, il le fait simplement par automatisme.

Les conséquences néfastes

1. Evidemment, perdre son temps

Il arrive qu’on commence à utiliser son portable avec une idée en tête et qu’on se retrouve à passer beaucoup plus de temps, suite à des interactions non planifiées. C’est ce qu’on appelle le « vortex ». (cf article)

Au final, on en ressort avec l’impression qu’on a perdu son temps, et on ressent une insatisfaction.

2. L’addiction

Perdre son temps n’est peut-être que la conséquence la moins néfaste. D’économie de l’attention, on passe à l’économie de l’addiction. Le comportement est moins raisonné et beaucoup plus compulsif. On parle d’ « hyperconnexion », et celle-ci aurait des impacts sur la concentration et la mémoire, et renforcerait l’anxiété (cf article) (https://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/etre-partout-tout-le-temps-tout-de-suite-les-risques-de-l-hyperconnexion_sh_37916)

Personnellement, je reconnais que (c’est le moment un peu des « Alcooliques Anonymes ») :

  • Etre moins dans le moment présent : à force d’être toujours sollicitée, et quand je regarde mon téléphone dans la rue, je fais forcément moins attention à mon entourage 
  • Etre plus souvent fatiguée : je peux me sentir sur-sollicité à cause de toutes les notifications. On s’adapte rapidement (et on ne fait même plus attention aux notifications), mais quand même, quand on voit un écran rempli de notifications, c’est stressant

Les techniques utilisées et mes feedback

Au final, le baromètre réalisé par la Fondation April réalisé en Juin 2018 aboutit aux mêmes conclusions : même si 72 % des Français pensent qu’il serait bénéfique pour leur santé et leur bien-être de limiter leur temps passé sur des écrans et pourtant, près de 7 Français sur 10 se disent incapables de se passer d’outils connectés plus d’une journée. On a beau être conscient, c’est dur d’arrêter.

Les applications qui comptabilisent le temps passé sur certains sites 

J’ai lu des articles qui vantaient la mise en place d’applications qui permettaient de comptabiliser le temps passés sur certaines applications. Ainsi, on prend conscience du temps passé sur les réseaux sociaux, et c’est le premier pas pour accepter notre dépendance. 

J’ai essayé (je crois que l’application s’appelait Moment), j’avoue que ça ne marche pas sur moi. 

Comme je le disais, je sais déjà quels sont les sites ou applications où je passe le plus de temps : le jeu que j’ai installé, Google news – que je peux regarder compulsivement, Facebook – mais de moins en moins. Je crois que je suis déjà consciente des effets négatifs et comment ça m’affecte. Je sais que parfois, je me dis « allez, je joue 15 minutes », et je n’arrive pas à m’arrêter et au final, j’ai joué 2h…

Les bloqueurs

On peut donc être plus radical et utiliser des sites ou applications qu’on bloque à l’aide d’un mot de passe de façon permanente ou sur certaines plages horaires. Ca va un peu plus loin mais ça permet d’utiliser son téléphone à « meilleur escient ». 

J’ai essayé, très peu de temps, et j’avoue que là non plus ça ne marche pas sur moi.

Parce qu’au final, il est très facile de contourner cette règle. Si je sais que certains sites sont impossibles à accéder, je vais décider de perdre mon temps sur d’autres sites pas plus utiles (Youtube en premier). Et tout se décline. 

Et puis, c’est aussi très facile de se dire « pour cette fois-ci, je mets le mot de passe pour débloquer le site et je le remettrai après ». 

Là aussi, si ça peut marcher sur vous, et on a tous nos manières pour apprendre à être moins accro. 

Apprendre à se créer des obstacles

Et finalement, ça me rappelle nos cours de philo : est-ce l’outil qui est condamnable ou l’usage qu’on en fait ? Effectivement, le téléphone de base permet d’appeler en cas d’urgence. Mais dans les faits, la fonction téléphonique doit représenter 5% de l’ensemble des usages du téléphone. 

Pour moi, chaque objet porte en lui un certain « projet ». Le téléphone est particulier car il permet de faire beaucoup de choses. Mais à mes yeux, il porte en lui le projet d’attirer mon attention sur autre chose que sur ce que je fais sur le moment même. Et donc j’ai décidé de me détacher consciemment de mon téléphone.

Je n’ai pas de solutions miracles mais voici les différentes approches que j’ai adoptées :

  • L’éloigner de moi : c’est assez facile quand je suis avec d’autres personnes parce qu’instinctivement, je range mon téléphone dans mon sac. Ça l’est moins quand je suis à la maison. Et donc la seule solution que j’ai trouvée, c’est de le mettre dans une autre pièce (« loin des yeux, loin du cœur »).    
  • Le mettre en mode avion : L’autre manière que je faisais (surtout quand j’étais étudiante), c’était de le mettre en mode avion et de ne pas le mettre sur la table. C’est un peu radical car ça m’empêche d’aller totalement sur internet. Mais s’il fallait que j’utilise internet, j’allais sur mon ordinateur. Inconsciemment, l’ordinateur est associé à une fonction de travail et j’avais moins envie de l’utiliser pour autre chose
  • Traiter une application comme si c’était une addiction et la désinstaller complètement : c’est la manière vraiment radicale. J’ai désinstallé complètement Pokemon Go et j’ai désinstallé complètement mon jeu. Selon moi, une habitude se perd quand on sait la remplacer par autre chose. Alors, consciemment, quand je pense à l’idée de jouer, je me mets à faire autre chose. Et petit à petit, on oublie ou on se demande en quoi ce jeu était si intéressant ☺

Planifier les moments où on dédie notre attention

Enfin, un dernier point qui aide pas mal à se désengager par moments à son téléphone : planifier les moments de travail et de repos.

J’éloigne mon téléphone spécifiquement à certains moments. Et j’essaie (c’est un processus plutôt long) de ne l’utiliser qu’à des moments un peu plus précis

Conclusion

Comme je le disais plus haut, je n’ai pas de recette miracle ! Mais c’est quand même important de réfléchir à la façon dont un objet peut affecter notre vie, et comment la dépendance se crée. 

On dit que le temps est le bien le plus précieux. Mais c’est aussi la façon dont l’utilise qui importe. Et donc l’attention qu’on porte à quelque chose.

Allez, première résolution (je suis sûre qu’une fois que Mr Platypus aura lu l’article, il me rappellera ce que je vais écrire là…) : quand je sors dans la rue, j’arrête de sortir mon téléphone ! Si je veux le vérifier, je m’arrête (au lieu de continuer à marcher). 

Et vous, quel regard portez-vous sur le téléphone, sur l’addiction que vous pouvez avoir et qu’est-ce que vous faites ?

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